Feu et glace – la traversée des Andes

Récit de l’étape de Junín de los Andes (Argentine) à Puerto Varas (Chili), du 1er au 12 janvier 2017

On vous avait laissé le matin de Nouvel-An, à la température pas très estivale de 6°. Nous quittons Junín sur une route presque déserte avec comme objectif la première traversée des Andes, par le col Carririñe. Une route peu empruntée par les voitures, ni par les cyclistes d’ailleurs, on a eu de la peine à trouver des informations sur l’état de la route. Après quelques kilomètres nous quittons la route principale, et nous nous trouvons à rouler pour la première fois sur le fameux ripio. C’est un mélange de cailloux, de terre et de sable, plus ou moins compacté, plus ou moins facile à rouler à vélo. C’est quand même beaucoup plus lent que l’asphalte et nous devons d’abord nous habituer à ça. Par contre, la route est très belle, avec des vues magnifiques sur le volcan Lanín qui joue au cache-cache avec nous: Il disparaît derrière des montagnes, pour réapparaitre d’un coup dans notre champ de vision. Le paysage est vert, et il y a des rivières et des lacs.

Le volcan Lanín se montre.

Vue sur le lago Currhué et la piste de ripio

Après la pause déjeuner, nous nous attaquons à la montée du jour, qui n’est pas très importante mais très embêtante car nous roulons sur du sable qui nous fait déraper régulièrement et qui nous oblige de descendre du vélo quelque fois pour pousser. Au même temps, les voitures qui nous dépassent nous enveloppent chaque fois dans un nuage de poussière…

Le plaisir revient à la descente: On entre dans une belle forêt dense, la route est un peu humidifiée et du coup bien compactée, ça roule bien. On adore regarder toute cette végétation dense, ces plantes que nous ne connaissons pas en Europe. Même les quelques petites montées très raides ne nous gâchent pas le plaisir.

Miguel: « C’est curieux on ne voit pas d’animaux, ce serait drôle d’en voir un de temps en temps traverser le chemin. »

Et voilà, un animal indigène qui traverse notre chemin!

A la fin de la descente, nous nous arrêtons au bord du lac sur la plage, où quelques familles sont en train de piqueniquer et de faire la pêche. Miguel a même le courage d’aller se baigner dans les eaux froides du lac.

Il y a un camping à côté, mais on décide de poursuivre encore un peu plus loin, à un endroit où il y aurait des thermes d’eau chaude. La route de forêt continue agréablement, et traverse une coulée de lave formée il y a quatre siècles par l’éruption d’un volcan.

La route à travers la belle forêt.

Un peu plus loin nous atteignons la zone des thermes avec son camping très simple. Il s’agit d’une petite station thermale pour laquelle un circuit a été construit. Plusieurs bassins d’eau chaude (entre 37 et 61°) ont été construits au milieu de la nature, et reliés par des passerelles en bois. Actuellement le centre est fermé, les bassins ne sont donc plus entretenus, mais on peut toujours s’y baigner. Nous montons donc vite notre tente et partons nous tremper dans les eaux agréablement chaudes du plus grand bassin. L’eau doit être autour de 38-39° et ça fait tellement de bien à nos muscles ! Difficile d’en ressortir…

Rien de mieux qu’un bain d’eau chaude après une journée de pédalage!

De retour au camping nous faisons nos choses habituelles – cuisine, préparation du petit-déjeuner pour le lendemain, séchage des habits. Il y a juste une roulotte avec une dame et deux tentes sans personne, ce camping « nature » n’a pas de lumière artificielle, on se réjouit d’une nuit calme et sans lumière qui pertuberaient notre sommeil. Mais quand on est en train de ranger nos affaires, le reste de la famille de la roulotte arrive avec les poissons qu’ils ont pêchés dans le lac, ils allument donc le feu pour les griller. Et juste quand nous nous glissons dans nos sacs de couchage ils allument un générateur derrière leur roulotte pour avoir de la lumière! Cela m’énerve que les gens se permettent de faire du bruit comme ça, surtout dans un parc naturel protégé, et dans un petit camping où ça dérange tout le monde. Heureusement que ça ne dure pas longtemps et le reste de la nuit sera calme comme imaginé.

Le lendemain matin, on se lève avec des températures plus clémentes mais avec beaucoup d’humidité. Avec nos sacs de couchage en duvet, ça va de nouveau sentir bon le chien mouillé pour quelque temps… Nous mangeons nos bananes pour le petit-déjeuner et cachons notre miel dans le sac de couchage. Oui, nous nous sommes mutés en contrebandiers pour éviter que notre précieuse bouteille de miel soit saisie par les douaniers entre l’Argentine et le Chili. Les deux pays ont des restrictions sévères concernant les produits organiques et d’origine animale, interdit d’y apporter des fruits, des légumes, des semis, et du miel, entre autres. Difficile pour des cyclistes pour qui la nourriture est primordiale! Et nous avons cette bouteille de miel très pratique que nous avions trouvé par chance en Espagne et que nous continuons à remplir avec du miel local partout, nous n’avons pas envie de la perdre…

Départ donc en direction de la frontière et du col. La route monte d’abord tranquillement, jusqu’aux deux containers constituant le poste frontière argentin. On a l’impression qu’on a réveillé les deux douaniers… ce n’est pas un passage très fréquenté. Nous recevons rapidement notre tampon de sortie – après avoir donné une petite leçon d’arithmétique au douanier, qui pensait que j’avais dépassé les 90 jours de séjour en Argentine (en réalité c’étaient un peu plus de 2 mois). Puis un autre douanier vient un peu maladroitement examiner nos bagages – il récite la phrase qu’on lui a appris de dire, « pouvez-vous ouvrir votre bagage à main », et il ne sait pas bien quoi faire devant nos sacoches de vélo et l’absence du « bagage à main » classique. Il nous laisse donc vite filer.

Nous attaquons la partie la plus dure, la montée au col Carririñe. La qualité de la route est correcte, elle est bien compactée, mais les montées sont très raides et je dois pousser le vélo quelques fois.

Montée au col Carririñe, au milieu de la forêt dense.
En haut du col Carririñe

De l’autre côté, la descente n’est pas beaucoup plus facile. Le ripio n’est pas compacté du tout, on roule sur des cailloux et la descente est raide. Pour la première fois depuis très longtemps, on utilise nos freins à fond! Et on ne veut pas s’imaginer monter de ce côté du col… Plus tard on rencontre deux argentins qui font le chemin dans l’autre sens, on ne les envie pas.

Trois kilomètres plus loin, on atteint le poste frontière chilien. D’abord ça a l’air un peu désert, il n’y a personne, jusqu’à ce que je voie un homme nous faire coucou par la fenêtre. Il sort, il nous salue cordialement et comme si on se connaissait depuis longtemps (poignée de main pour Miguel, la bise pour moi). C’est l’agent d’immigration. Ambiance détendue!

Tout se passe de manière très ordonnée dans ce tout nouveau bâtiment. 1 – tampon d’entrée, 2 – déclaration des vélos (on reçoit un papier qu’on devra montrer à la sortie du pays, pour prouver qu’on ne l’a pas vendu dans le pays en évitant les taxes d’importation), 3 – contrôle douanier et sanitaire. On nous demande d’ouvrir nos sacoches, on montre ce qu’on a – fromage (dans son emballage original), flocons d’avoine… seuls nos pruneaux ne passent pas car elles ont encore leur noyau. Pas une grande perte, elles n’étaient pas bonnes et on peinait à les finir de toute façon… Le miel reste bien au chaud dans son sac de couchage. On échange encore quelques mots aimables avec le douanier, il nous renseigne sur l’état de la route que nous allons prendre le lendemain, et c’est parti pour la suite de la descente. La route s’améliore et devient plus compacte, on a donc plus de plaisir à rouler. Le paysage est différent de ce côté, ça ressemble un peu à la Suisse. Pâturages verts, prés fleuris, vues sur les montagnes. Par contre il fait froid, à la fin de la descente on a les doigts gelés.

Le paysage est différent du côté chilien.

Nous nous arrêtons au village de Liquiñe, connu pour ses bains thermaux. Nous allons nous renseigner sur les prix dans un des établissements, mais en voyant que ce n’est qu’une simple piscine on décide de voir ailleurs. Notre problème principal est l’argent: Nous nous attendions à ce que ce soit facile de changer de l’argent juste après la frontière. Mais personne n’est intéressé dans nos dollars et il n’y a pas de banque ni de bancomat. Le seul endroit qui est d’accord de changer fait un taux tellement mauvais qu’on décline. Pour finir le propriétaire d’un petit magasin a pitié de nous et nous change un billet de 50 dollars. Après tout ça on n’est plus très motivé de tourner dans le village pour trouver des thermes sympathiques, on décide donc de continuer un peu notre route. Nous nous installons un peu plus loin, au camping de Quilmio. En voyant qu’il n’y a que des douches froides nous regrettons un instant ne pas être restés à côté des thermes, mais plus tard nous sommes contents de ce camping – il y a un refugio, une petite maison simple avec une cuisine équipée, une table et même des jeux. C’est très précieux car il commence à pleuvoir fort, et nous pouvons cuisiner et manger à l’abri. En l’absence de Wifi, nous passons la soirée à jouer aux dominos et à mettre à jour nos carnets de route.

Ambiance mouillée au camping de Quilmio. Les oies se réjouissent!

Il pleut toute la nuit. Nous sommes chaque fois contents d’avoir choisi une tente de bonne qualité, car tout reste au sec. Le matin nous arrivons à tout ranger pendant une petite pause avant que la pluie reprenne. Nous enfilons donc notre monture de guerre – pantalons, veste et surchaussures – et partons sous la pluie. La route directe vers Puerto Fuy n’est pas asphaltée, mais c’est du bon ripio compact et assez lisse. Elle monte dans une forêt dense, avec quelques ouvertures nous offrant de belles vues sur les montagnes et le lac plus bas. Malgré la pluie nous avons beaucoup de plaisir de rouler ici.

Pluie, forêt dense et montées raides: typique Chili!

Quand nous rejoignons le lac plus bas, la pluie s’arrête et le soleil apparaît un instant. Nous cherchons un endroit où nous poser, sécher un peu nos vestes, et manger un bout de pain. Nous apercevons un camping avec des tables en bois, et allons demander si on peut s’y poser un moment. La réponse est claire – oui mais il faut payer (en Amérique du Sud il faut en général payer pour l’utilisation de jour du camping). On essaie de redemander gentiment, seulement 20 minutes pour boire un truc et sécher un peu – non, il faut payer. Bon ben merci madame, on ira chercher ailleurs. On va se poser un peu plus loin dans un abribus. Les argentins nous avaient prévenus que les chiliens sont connus pour être beaucoup plus stricts et carrés – et voici la preuve. C’est presque pire qu’en Suisse…

Après cette pause on reprend sous la pluie et on attaque la montée vers Puerto Fuy. La première partie de la route est déjà asphaltée, c’est tout neuf tout beau, une route bien plus large que les routes argentines, la montée à Neltume n’est donc pas trop dure malgré la pluie. A Neltume on s’arrête pour manger, difficile de trouver un lieu abrité, on finit sous le toit d’un petit pavillon d’information touristique. Il fait froid, il pleut, il y a du vent – ce n’est pas très cosy. On repart donc vite en direction de Puerto Fuy. La route est en cours de construction sur ce bout, elle n’est pas encore asphaltée et elle monte raide « comme un téléphérique » (dixit Miguel). On arrive donc à Puerto Fuy fatigués et mouillés – l’état parfait pour chercher un logement… avec la petite difficulté en plus qu’on n’a pas beaucoup d’argent liquide. On part donc à la recherche d’un endroit qui accepterait des cartes de crédit. Pour finir, on tombe vite sur les bonnes personnes et cela ne s’avère pas trop compliqué. La propriétaire d’un petit magasin (qui accepte les cartes) a une cabaña à louer – un petit chalet en bois que beaucoup de gens louent dans cette région. Elle nous fait un assez bon prix pour une nuit (30 Euros) et nous voilà au sec, dans ce petit chalet tout en bois, avec un chauffage au bois, une douche chaude qui fonctionne bien, et un lit confortable comme on ne l’avait plus eu depuis bien longtemps. Il nous reste même un peu d’argent pour acheter quelques empanadas (qui sont deux fois plus grosses au Chili qu’en Argentine, et bien meilleures car plus épicées).

Une ruelle à Puerto Fuy.

Le lendemain matin nous partons de nouveau sous la pluie, heureusement seulement jusqu’au port pour prendre le ferry qui traverse le lac Pirihueco. Nous allons passer le col Hua Hum et repasser en Argentine pour quelques jours. Nous utilisons nos derniers pesos chiliens pour acheter les billets – les vélos doivent aussi payer, ce qui nous prend par surprise car ce n’est pas listé sur la liste de prix. La traversée du lac est belle malgré la météo nuageuse. Nous partageons le ferry avec de nombreux chiliens qui se promènent avec leur selfie-stick dans la main. Du coup ils sont plus intéressés à se prendre en photo eux-mêmes que nos vélos et tant mieux pour nous car nous sommes tranquilles.

A l’arrivée à Pirihueco il commence de nouveau à pleuvoir. Nous laissons filer les voitures et prenons la route en dernier pour être tranquilles. Le col Hua Hum n’est pas un vrai col comme les autres, il n’y a pas vraiment de montée pour y arriver. Après 11 km sur une route de bon ripio nous arrivons au poste frontière chilien où toutes les voitures qui étaient avec nous sur le bateau sont encore alignées… Un problème technique apparemment, on nous avertit qu’il y aura de l’attente. Pour finir c’est très rapide pour nous cyclistes et nous repartons avant tout le monde.

Le col Hua Hum

Un peu plus loin, le poste-frontière argentin. Ambiance détendue, on s’intéresse plus à nos vélos qu’aux procédures. Tampon dans le passeport, pas besoin de remplir le papier de la douane, avez-vous des produits frais, du poisson, de la viande? Non monsieur, au revoir merci, bon voyage. Le miel était de nouveau au chaud et les délicieuses empanadas au fond du sac sous la tente, on s’arrêtera quelques kilomètres plus loin au bord de la route pour les avaler avec du thé chaud.

La piste devient vite collante, un mélange de sable et de terre mouillée, on a l’impression de ne pas avancer. S’ajoutent les voitures qui roulent dans les flaques d’eau et qui nous aspergent en nous dépassant. On leur crie dessus mais ils ne semblent même pas comprendre. On est de retour en Argentine, où le cycliste ne compte pas plus qu’un chien mort.

Un panneau annonce une casa de thé, une intuition nous dit de le suivre même si ça nous fait un petit détour. L’intuition était bonne, c’est un bel endroit, un restaurant-café au milieu de la nature, d’abord on a pensé que c’était fait par des hollandais tellement c’était parfait! Mais la gérante est une jeune argentine de Buenos Aires qui passe son été ici à gérer cette petite merveille. On n’a pas assez faim pour le déjeuner, donc on se prend qu’un café au lait et un submarino (une tasse de lait chaud avec un morceau de chocolat au fond). On fait aussi connaissance d’un couple américain en train de voyager dans la région en voiture de location – ils avait prévu le voyage en tandem mais ils ont dû changer de plans à cause de problèmes techniques. Ils ont aussi fait quelques marches à pied et ils partagent pleinement notre impression des chauffards argentins… les piétons ne sont donc pas plus respectés que les cyclistes dans ce pays.

Après cette pause nous attaquons une longue montée sur la piste qui devient de plus en plus caillouteuse. Heureusement que nous avons le vent dans le dos la plupart du temps. Nous pouvons aussi ranger nos habits de pluie, mais on doit les échanger contre nos habits chauds car le vent est digne d’une bise noire genevoise.

Montée sur le ripio

La descente vers San Martín de los Andes n’est pas beaucoup meilleure, on doit rouler lentement à cause des cailloux qui nous font glisser tout le temps. Ça s’améliore seulement plus bas.

Descente vers San Martín sur du très mauvais ripio.

On arrive à San Martín fatigués et glacés, pour attaquer la recherche de logement. Pas facile dans cette ville touristique, très chère et remplie de mochileros (des jeunes voyageant sac à dos). Après trois endroits déjà pleins, nous trouvons une chambre dans une maison d’hôte. Quarante Euros pour une chambre très moyenne avec un lit horrible, mais la douche s’avère bien chaude et le Wifi marche mieux qu’espéré. On reste deux nuits (pour la deuxième nuit la propriétaire nous change de chambre avec un meilleur lit) pour se reposer, faire les courses et la lessive, s’occuper du blog et faire sécher la tente.

Le jour de la Fête des Rois nous repartons sur la route des sept lacs, grande attraction touristique de cette région. Il fait de nouveau beau et nous profitons des points de vue pour admirer les lacs et les montagnes. Nous partageons la route avec de nombreuses voitures, roulant heureusement pas trop vite dans la montée, ainsi que des mochileros, ces jeunes à sac à dos qui font cette route surtout en auto-stop, d’un camping à l’autre. Ils apparaissent sur le bord de la route à n’importe quel moment, en groupes de deux, trois, quatre… certains ont l’air bien fatigués avec leurs immenses sacs. Il y a aussi de nombreux cyclistes, c’est la première fois qu’on en rencontre autant. La plupart ne font que le bout entre San Martín et Bariloche, souvent avec du matériel de location.

Vue sur le lago Lácar
Maisons au bord de la route.
Flore locale et vue sur les montagnes
Superbes vues sur la route des sept lacs.
Des mochileros bien chargés.

Au point le plus haut, un phénomène intéressant mais qui ne semble pas attirer beaucoup de touristes (normal, il n’y a pas de vue à prendre en photo avec le smartphone). Une petite rivière venant de la montagne est divisée en deux bras par un rocher. Le bras gauche coule vers l’Atlantique, le droit vers le Pacifique. On se situe donc exactement au niveau de la division continentale qui est joliment visualisée par cette séparation de rivière.

La partition du arroyo partido.

A 16 heures nous arrivons au Lago Falkner où nous pensions rester au camping. En voyant la quantité de voitures, nous décidons de pousser 10 km plus loin jusqu’au prochain camping, malgré les nuages noirs qui menacent.

Voitures au bord du lago Falkner. Nous on va un peu plus loin…

L’effort vaut la peine, on termine la journée avec une belle descente dans la forêt. On s’arrête au camping Pichi Traful, à 2 km de la route principale. Un grand camping sympa, un peu « nature », avec une maison où on peut s’abriter du vent et de la pluie. Seul hic, il est envahi par les mochileros. Chaque voiture qui arrive en amène au moins trois ou quatre. Ces petits jeunes envahissent d’abord les douches (qui ouvrent à 18 heures), puis font la fête jusqu’à 2 heures du matin malgré la pluie. On ne passe donc pas une nuit géniale et on se permet de dormir un peu plus longtemps le lendemain matin…

La queue devant les douches…

L’étape jusqu’à Villa la Angostura est jolie, avec quelques belles montées, mais aussi très dense en circulation motorisée, et riche en « touristes à smartphone » qui nous prennent en photo sans aucune retenue. Un type nous demande même de nous arrêter exprès pour qu’il puisse prendre une photo de nous, et un autre se plante devant nous avec sa caméra à même pas quatre mètres de distance. Essayer d’expliquer ne sert à rien, les argentins ne comprennent pas pourquoi cela pourrait nous déranger. Pour nous, il y avait une fois une règle implicite qui disait que quand on veut prendre quelqu’un en photo, soit on lui demande la permission, soit on le fait discrètement. La génération qui a actuellement entre 45 et 60 ans semble avoir oublié cette règle de vivre-ensemble depuis qu’ils ont tous un smartphone dans la poche. J’ai quand-même encore l’espoir que la génération qui grandit actuellement avec cette technologie saura faire preuve d’un comportement plus adéquat que leurs parents et grands-parents…

En Argentine, cette scène se reproduit plusieurs fois par jour.

Bref, on en a marre. En plus il fait froid et la pluie va recommencer.

On arrive à Villa la Angostura, qui se veut un lieu de haute société argentine, il paraît que le président y passe ses vacances. Résultat, un village à mon goût un peu kitsch avec des maisons en bois dignes de Disneyland, et des logements chers. Pas le bon endroit pour rester deux jours, on dirait. Mais il fait froid, et ils annoncent une journée de pluie pour le lendemain. Assis dans le café de la station-service YPF, on se permet donc une petite folie et on réserve un chalet pour deux nuits. C’est totalement hors de prix, mais nous avons besoin de ce repos. Le chalet est effectivement sympathique, il y a du chauffage, une bonne douche chaude, un lit confortable, une cuisine bien équipée où on produit des bons repas et un pain maison. Il pleut effectivement une bonne partie de la journée et de la nuit, ça nous conforte dans notre choix.

“Architecture” typique à Villa la Angostura.

Après ce jour de repos dans notre résidence de luxe, nous reprenons la route, que nous partageons avec plein de voitures, de camions et de bus. Il pleut encore un peu par moments, et un vent froid souffle, mais nous l’avons dans le dos. Nous faisons les montées poussés par le vent, quel bonheur! C’est dans cette ambiance que nous atteignons les 8000 km au compteur.

Montée avec vue et vent dans le dos (regardez le drapeau)!
Circulation dense…
Grands espaces et ciel énorme: typique Argentine!
En face, c’est Bariloche, notre dernière station en Argentine.

Nous décidons de passer la nuit au camping du village de Dina Huapi, quelques kilomètres avant Bariloche. En réalité, c’est un centre de sport où on peut aussi camper, un peu comme lors de notre traversée de l’Argentine – sauf que cette fois-ci c’est payant. Un peu cher à notre goût, surtout que les services offerts sont vraiment minimes: Des toilettes avec des portes qui ne ferment pas, des douches avec un tout petit filet d’eau chaude. La vaisselle, il faut aller la faire dans le lavabo des toilettes. Heureusement qu’il y a une petite maison avec une table et des bancs, qu’on utilise pour cuisiner et manger à l’abri du vent.

Le lendemain on se réveille avec le soleil. Départ en direction de Bariloche, où nous arrivons en fin de matinée. Nous y avons plusieurs choses à faire – billets pour la traversée des Andes en bateau, supermarché, changer nos pesos argentins en pesos chiliens. Au supermarché je fais la queue pendant une demi-heure à la caisse pendant que Miguel surveille les vélos. Les supermarchés argentins ne vont sûrement pas nous manquer. Il y a toujours des queues énormes car tout prend tellement de temps à la caisse – peser les légumes, payer avec la carte, etc. Du coup, les argentins ont développé leur façon à eux de faire la queue: On va faire les courses à deux, une personne se met dans la queue avec un caddie vide pendant que l’autre va chercher les choses à acheter et remplit ainsi peu à peu le caddie. Il n’est pas rare non plus qu’une fois arrivé à la caisse, la personne se rend compte qu’elle a oublié quelque chose et doive repartir chercher ce qui lui manque, pendant que la caissière attend patiemment.

Bariloche nous semble un peu une ville comme une autre, avec plein de touristes et tout le bazar qui va avec. Nous, ça ne nous retient pas et on reprend la route en milieu d’après-midi pour nous rapprocher un peu de notre départ de bateau du lendemain matin. On se pose dans un camping au bord du lac, c’est sympa, on a un endroit calme et sans lumière artificielle, une bonne douche chaude, et une maison pour manger.

Le centre de Bariloche.
Une ruelle en zigzag intéressante à Bariloche.
Notre camping au bord du lac.
Température au réveil…

Le lendemain matin on part tôt pour être à l’heure pour notre bateau. La route est calme, c’est tout de suite beaucoup plus agréable à rouler. On arrive au port après 45 minutes, on parque les vélos et on se prend un café et croissant avec nos derniers pesos argentins. Cette traversée en bateau est très fréquentée par les touristes, le bateau est plein et l’embarquement prend du temps. Il y a aussi un cycliste argentin que nous avons déjà rencontré trois fois sur des campings, un cycliste anglais, et un groupe de trois cyclistes chiliens. Nous nous entendons tout de suite bien avec Seb, le cycliste anglais. On parle voyage, matériel, technique. Pour nous, il est le premier cycliste européen avec qui nous passons un peu de temps à parler depuis que nous sommes on Amérique du Sud, ça fait du bien, on se sent sur la même longueur d’onde.

La traversée du premier lac est belle, heureusement qu’il fait beau, on peut admirer les montagnes autour.

Sur le lago Nahuel Huapi, en direction de Puerto Blest.

A l’arrivée, nous prenons nos vélos – les sacoches sont transportées dans un bus avec les autres bagages. Nous faisons 3 kilomètres de route non-asphaltée mais facile jusqu’au prochain bateau, pour une traversée plus courte mais tout aussi belle.

Lago Frías

A l’arrivée, nous passons le poste-frontière argentin pour le tampon de sortie, puis nous chargeons nos sacoches sur les vélos et attaquons la montée au col Pérez Rosales. Ça monte de 300 mètres sur 3 kilomètres, je vous laisse faire le calcul de l’inclinaison moyenne… Donc c’est raide, et la route n’est pas asphaltée. On doit pousser sur un bout trop caillouteux, sinon on arrive à pédaler presque tout mais c’est vraiment dur. Arrivés en haut après 45 minutes, on prend la photo et fait un piquenique rapide.

En haut du Paso Pérez Rosales.

S’ensuit une longue descente assez technique, car la piste n’est pas très bonne. Ça chauffe les freins ! On est récompensés par une belle vue du Cerro Tronador et son glacier. Sur la descente on croise un groupe de trois allemands qui font le chemin en sens inverse – on ne les envie pas, du côté chilien ça monte de 200 à 1020 mètres d’altitude…

Devant le Cerro Tronador.
Super belle descente, et sans voitures!

On s’arrête encore 5 minutes à côté d’une cascade, quand on se rend compte qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant le départ du troisième bateau, alors on file et on pédale à fond. Pas facile sur du ripio, même quand c’est plat… et sur la fin la route devient difficile, le camion qui remet des cailloux sur la route vient de passer et a bien réparti des cailloux et la terre partout, et nous on glisse dans tous les sens. Vingt minutes avant le départ du bateau on arrive au poste-frontière chilien. Passeport et douane passent comme une lettre à la poste, heureusement que le douanier était un petit papy sympa qui n’avait pas trop envie de fouiller dans nos sacoches à chercher notre pot de miel. On doit encore passer dans la maison un peu plus loin pour enregistrer nos vélos, mais là c’est un peu plus difficile, la gentille dame doit d’abord allumer son ordinateur puis fouiller dans un classeur pour trouver les bons papiers, on voit déjà notre bateau partir… pour finir elle nous fait vite fait un papier écrit à la main – on n’a pas compris si ce papier était vraiment important (on suspecte que non). Puis on pédale encore comme des malades pendant 2 kilomètres pour arriver au port 5 minutes avant le départ du bateau. Ouf, c’est réussi, mais alors vraiment juste-juste. Seb, le cycliste anglais, est déjà là, mais les autres rateront le bateau. Heureusement pour eux, il y aura un autre un peu plus tard qui acceptera de les prendre.

Arrivée au port 5 minutes avant le départ.

Cette troisième traversée nous réserve un superbe spectacle: la vue du volcan Osorno. Un volcan « comme dans les livres ».

Le volcan Osorno.

Nous arrivons au petit village de Petrohué en début de soirée. Avec Seb nous décidons d’y rester pour la nuit, il y a un camping de l’autre côté de la rivière, on organise un bateau qui nous y amène avec nos vélos. Le camping n’est pas très sympathique, on campe sur la plage de la rivière à côté de maisons à moitié finies et il y a des déchets partout. On prend une douche froide – les douches chaudes sont payantes mais la maison de la dame où se trouvent les douches chaudes ne nous donne pas franchement envie d’y entrer… On passe quand même une soirée sympathique avec Seb, à faire la cuisine, manger, boire des bières, et parler voyage et vélo, pendant que les petites mouches de sable se remplissent leur estomac avec notre sang.

Traversée de la rivière – 3 vélos dans une petite barque.
Arrivée au camping de Petrohué.

Le lendemain on se lève sous les nuages, le volcan Osorno n’est plus visible, heureusement qu’on a eu du beau temps hier. Nous repartons à trois en direction d’Ensenada, d’abord sur une route non-asphaltée, puis sur une route asphaltée magnifique avec même une vraie piste cyclable !

La route vers Ensenada et la belle piste cyclable!

Après un café à Ensenada on se dit au revoir, Seb restera dans un camping ici et tentera de faire une excursion au volcan ou un peu de kayak. Nous continuons sur notre magnifique piste cyclable le long du lac en direction de Puerto Varas. Cette région a eu passablement d’influence allemande due à l’immigration de nombreux allemands à partir du 19ème siècle. On y mange donc du « kuchen », il y a une grande école allemande, et les jardins sont bien rangés et joliment fleuris.

A Puerto Varas nous sommes attendus par Adriana, notre hôte warmshowers. Elle est la mère d’un voyageur à vélo et accueille les cyclistes comme elle aimerait que son fils soit accueilli. Elle nous offre une grande chambre avec salle de bains privé, et nous y resterons trois jours pour nous reposer. Elle accueille également un cycliste argentin – le même qu’on a déjà rencontré trois fois dans des campings et sur la traversée en bateau! Le monde cycliste est petit.

A Puerto Varas nous nous faisons le plaisir de manger au restaurant (qui sert autre chose que du asado) et de faire les courses au grand supermarché (où il n’y a pas de queue aux caisses et où le paiement avec carte se fait en moins d’une minute). Nous redécouvrons aussi plein de produits importés qu’on n’avait plus vu depuis notre entrée en Argentine (du genre sauce de soja ou confiture française), mais constatons avec chagrin que les yogourts chiliens contiennent tout autant de cochonneries qu’en Argentine et que le pain n’est pas mieux. On se fera une orgie de yogourt et de pain à notre retour en Europe !

Vue sur Puerto Varas et le volcan Osorno.
Magnifique vue depuis la salle de bains chez notre hôte warmshowers.

C’est aussi le moment de prendre des décisions et de planifier la suite du voyage. Rendez-vous bientôt pour le récit de notre prochaine étape au Chili, qui sera aussi la dernière en Amérique du Sud…

 

2 thoughts on “Feu et glace – la traversée des Andes

  1. Hello ! Hola Eva & Miguel. Hermoso el viaje que estan haciendo ustedes…! Recien hoy vi, que visitaron mi pais Argentina. Un abrazo…! Me encantan las bicicletas Recumbent y he construido varias… Pueden visitar RecumbikeArgentina.blogspot.com y tambien encontrarme en Ururecli un blog uruguayo. Saludos!!!!

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