De la mer à la terre

Récit de l’étape de Quarteira à Lisbonne (17 au 26.9.2016)

Deux jours de repos à Quarteira, au bord de la mer : visites, courses au marché local, baignades à la plage, plats délicieux préparés exprès pour nous…

Marché de poisson à Quarteira

… et c’est de nouveau le moment du départ. Pour commencer nous prenons la route en direction de Loulé, on est samedi et les routes sont assez tranquilles. Arrivés à Loulé nous allons faire un tour au marché, qui conserve tout juste un tout petit peu de caractère local malgré les hordes de touristes.

Marché de poisson à Quarteira

Nous repartons vite en direction de São Brás de Alportel, une petite ville endormie où nous faisons picnic dans un parc. Il y a une piscine à l’air séduisant mais malheureusement elle est déjà fermée ! L’automne s’approche malgré la chaleur… Puis nous reprenons la route nationale 2, celle qui traverse tout le pays du nord au sud et que nous avons déjà prise auparavant, pour nous rapprocher de nouveau du bord de mer. La route est tranquille, ça roule bien, la route est bordée d’arbres fruitiers où nous pouvons nous servir de figues et de grenades quasiment sans nous lever du vélo.

Nous voici arrivés à Olhão en milieu d’après-midi. Nous nous installons au camping (avec une grande piscine, celle-là est encore ouverte) et partons nous promener dans le petit parc naturel à côté, où on peut observer des oiseaux et visiter un moulin à marée, très intéressant mais malheureusement plus en fonction.

Le dîner se fait dans un de ces bons petits restaurants typiques – pas de menu écrit, pas de prix, et à la fin ça coûte exactement 20 Euros (inutile de dire qu’il n’y a pas de quittance)!

Le lendemain matin nous partons au centre d’Olhão avec l’espoir d’y trouver un marché, mais nous sommes dimanche et il n’y en a pas. A la place nous prenons un café entre des touristes et des locaux en partie déjà bien imbibés… Pour la suite nous voulons de nouveau prendre le chemin de vélo, l’Ecovia, mais la partie marquée sur le GPS doit encore être au stade de projet, car le chemin est quasiment impassable !

Par contre nous retrouvons le chemin cyclable quelques kilomètres plus loin, et il est très sympathique malgré de longs bouts non asphaltés. En approchant la ville de Tavira nous roulons entre les nombreuses salines.

De la neige en Algarve? Non, du sel!

Nous arrivons à Tavira pour l’heure du déjeuner, reprenons des forces dans un café avec un plat poulet grillé-frites-salade, puis arrivons au sympathique camping de Cabanas de Tavira en début d’après-midi. Parfait pour aller prendre un des petits bateaux qui traverse la lagune de la Ria Formosa, qui nous amène à la plage où nous passons le reste de l’après-midi.

Le lendemain c’est le jour où nous allons quitter la mer. Nous avançons bien sur l’Ecovia le long de la côte et arrivons à Vila Real de Santo António, à la frontière espagnole. Le centre-ville est plein d’espagnols venus faire les courses. Nous nous posons sur la terrasse d’un café et observons les espagnols qui admirent nos vélos, un passe-temps assez drôle surtout quand nous entendons leurs commentaires (« et tu vois, là derrière ils ont un moteur, quand ça monte ils n’ont qu’à l’allumer »).

Après un tour au supermarché, nous partons pour l’intérieur du pays. Nous traversons d’abord Castro Marim avec sa forteresse, puis nous nous trouvons rapidement sur de petites routes au milieu de nulle part. La différence avec la côte prise d’assaut par les touristes ne pourrait pas être plus grande ! Nous traversons un paysage de collines jaune-ocres, séparées par de petites vallées verdoyantes, et rarement par un club de golf avec son gazon vert arrosé au milieu de cette terre sèche.

Après quelques montées, c’est la descente vers la rivière Guadiana qui forme la frontière avec l’Espagne et qui est bordé de petits villages calmes. Nous nous arrêtons pour manger dans un de ces villages, derrière un café fermé où nous trouvons bancs et tables. Et monsieur nous rejoint un petit moment, pour parler un peu de tout et de rien, il est probablement heureux de trouver un peu de diversion. Après une dernière montée à un point de vue, nous arrivons à Alcoutim, petite ville connue pour sa forteresse (ou ce qui en reste).

Vue sur la Rio Guadiana et l’Espagne

Un panneau affiché à l’information touristique nous dirige vers la bibliothèque, où on nous conseille d’aller à l’auberge de jeunesse pour dormir. Nous ne sommes pas les seuls : quand nous reprenons nos vélos pour nous y diriger, nous faisons connaissance avec deux cyclo-voyageurs anglais qui prennent la même direction. Sur le chemin, nous parlons de nos plans de voyages et de la technique de nos vélos. Depuis la fermeture du seul hôtel, l’auberge de jeunesse semble avoir pris le rôle de logement principal pour tout le monde. Nous et les anglais ne sommes pas les seuls couples et pour finir au moins quatre des huit chambres doubles sont occupées, dont une par un couple français qui voyage aussi à vélo. C’est simple mais fonctionnel et propre, il y a une piscine, un balcon avec vue sur la rivière et le village espagnol de l’autre côté, et un petit déjeuner simple, le tout pour 30 Euros par chambre.

Alcoutim by night

Le lendemain matin, nous sommes les derniers partis parmi les cyclistes. Décidément, nous avons toujours besoin de nos deux heures de temps le matin… même avec un petit déjeuner “buffet”. Nous commençons avec une longue montée sur une route tranquille qui passe entre les oliviers, les vignes et les champs.

Le petit point noir, c’est Eva

Dans la matinée, nous traversons le Rio Vascão et nous sommes de nouveau en Alentejo. Vers midi, nous arrivons à Mértola. Nous nous arrêtons au café pour un déjeuner de Bifanas, puis nous faisons un tour à la forteresse et aux excavations des restes de la ville romaine.

Dans les ruelles de Mértola

Ensuite c’est reparti dans la chaleur de l’après-midi, d’abord sur une montée assez raide, puis sur une route qui ondule entre les champs jaunes et les oliviers.

Vue sur Mértola

Enfin nous arrivons à Mina de São Domingos. Ce village a été construit au 19ème siècle autour d’une mine où des anglais extrayaient cuivre et soufre. Quand la mine a fait faillite en 1966, tout a été laissé à l’abandon. Aujourd’hui on peut donc visiter les restes de cette mine et de ses bâtiments. En arrivant, nous visitons d’abord l’ancien cinéma converti en musée, puis nous allons nous rafraîchir à la petite plage fluviale. C’est là que nous décidons qu’il serait sympa de faire une journée de repos dans la maison de tourisme rural près du village, histoire de s’offrir un peu de confort pour fêter mon anniversaire ! Nous terminons donc la journée à Monte da Galega, dans une ferme rénovée où nous avons une chambre confortable, un petit déjeuner fait maison, une piscine, et un bon endroit pour observer les étoiles le soir.

Le ciel en Alentejo

Cela nous donne aussi une journée entière pour aller visiter les différents sites de l’ancienne mine, vraiment très impressionnants.

Plage fluviale de Mina de São Domingos
Ruines de la mine
Ces eaux à la drole de couleur sont encore contaminées à cause des activités de la mine.

Après cette promenade, nous nous reposons au café du village, où un groupe d’hommes semble se rencontrer pour le déjeuner. Avant de commencer à manger, ils se rassemblent tous autour de la table pour un canto alentejano – une chanson typique de cette région. Une expérience magique !

Nous repartons le lendemain sous le soleil. La terre commence à être beaucoup plus cultivée, chaque colline est couverte de champs déjà récoltés ou d’oliviers plantés en lignes. C’est un peu plus ennuyeux que la nature sauvage des derniers jours… Nous faisons aussi beaucoup de route toute droite.

Rencontres sur la route

Nous arrivons dans la ville provinciale de Serpa en début d’après-midi et décidons d’y passer l’après-midi. Nous visitons le château (ce qu’il en reste), le petit mais charmant musée de l’horloge (une collection privée de montres et d’horloges), et le musée ethnographique où nous apprenons notamment comment est fabriqué le fromage traditionnel de cette région, et que la dame qui travaille à la réception de ce musée n’aime pas les touristes français (elle a quand même pensé à s’assurer que je n’étais pas française… puis elle nous a fait part de ses préjugés sur les espagnols, les allemands et les hollandais, et on a décidé de partir quand la discussion a commencé à virer vers sa vision sur les émigrés portugais…).

Vue depuis la forteresse de Serpa

L’aquéduc de Serpa

Après cette longue visite nous n’avons plus envie de reprendre le chemin, nous nous dirigeons donc vers le camping municipal et la piscine qui se trouve juste à côté. Pour finir la piscine sera déjà fermée pour la saison et nous ferons une lessive à la place (certes, pas tout à fait la même chose, mais il faut penser pratique). Pour dîner nous choisissons un petit restaurant sur Tripadvisor, et le choix s’avère très bon car il nous offre une expérience originale. D’abord, au lieu du foot ou des nouvelles en boucle à la TV, ils passent un James Bond (On Her Majesty’s Secret Service – celui qui a été tourné en Suisse et au Portugal !). Tous les clients de ce petit local sont scotchés sur l’écran ! Puis à la fin du repas, le propriétaire et quelques clients (ses amis, visiblement) commencent à chanter des chants traditionnels. Cette fois Miguel a pu enregistrer un bout que vous pouvez écouter ici.

Le lendemain nous commençons à pédaler dans le brouillard, et c’est le premier matin depuis très longtemps où nous gardons nos pulls pour pédaler. C’est la fin de l’été, le début de l’automne ! Mais une heure plus tard le soleil est de nouveau au rendez-vous et en début d’après-midi il fera (trop) chaud… Nous pédalons toujours entre les champs, les oliviers et les vignes, avec de temps en temps un figuier ou un amandier au bord de la route.  Nous traversons de petits villages où les vieux sont assis devant leurs maisons ou au café et font des commentaires en nous voyant. Nous roulons sur une route toute droite qui monte et qui descend, enfin j’ai l’impression que ça monte plus que ça descend…

Plantations d’oliviers
Une route typique de nos journées en Alentejo

Mais un Coca plus tard nous nous trouvons de nouveau sur une petite route dans la nature plus sauvage et nous passons du temps à mettre en scène nos 4000 km sur le compteur – après les 3000 km ratés on ne voulait pas rater celui-là ! On se dirige vers la Albufeira do Alvito et son barrage car nous avons envie de faire du camping sauvage pour voir les étoiles et pour être au calme. L’endroit s’avère idéal, la plage de sable est large à cause du niveau d’eau bas, parfait pour poser notre tente et se laver dans le lac (même pas besoin de maillot de bain, nous sommes seuls).

Magnifique endroit de bivouac

Tout est parfait : Notre dîner de spaghetti, les petits gâteaux comme desserts, accompagnés par une liqueur de l’Algarve (merci tio Álvaro !), les étoiles (que nous apprenons à reconnaître grâce à une application smartphone), l’absence de lumière artificielle, le silence quand on se couche vers 22 heures. Autour de minuit je me réveille, j’entends de la musique. Je prends un bon moment avant de comprendre que ça vient de loin, visiblement un concert dans un village, et le vent porte tous les sons en notre direction… Vers 2 heures du matin cela s’arrête. Le moment qu’a choisi une cigale pour commencer sa chanson, pile-poil à côté de la tente. Voilà pour le silence…

On se lève avec le soleil

Après un petit-déjeuner devant le lever du soleil, nous repartons sur notre route entre les champs, les vaches et les cochons noirs. Nous faisons une pause-café à Alvito, avec son château transformé en hôtel, et une pause plus courte pour remplir nos bouteilles à une fontaine à Vila Nova da Baronia. Ce sont toujours des occasions sympathiques pour traverser ces villages calmes et un peu oubliés du monde.

Des portugais de temps différents
Le barbier vient une fois par mois

Nous nous arrêtons plus longtemps à Viana do Alentejo pour visiter l’ancien château avec son église au beau portail de style manuelino. En achetant les billets d’entrée nous apprenons qu’il y a une foire pas loin, à l’honneur de la patronne sainte de la ville, Santa Maria dos Aires. Nous décidons d’aller voir. La foire elle-même n’est pas très intéressante, essentiellement des stands avec du made in China, mais dans l’église nous découvrons un couloir rempli de photos que les gens ont laissé à la Sainte pour demander santé et protection. C’est aussi l’occasion de manger très bon marché dans le petit restaurant de la foire – 8 Euro pour deux repas avec boissons ! Pendant tout ce temps, ce sont les pompiers qui veillent sur nos vélos et bagages.

La tour de l’église de Viana do Alentejo
Arrivée à la foire

Nous continuons notre longue étape jusqu’au village de Santa Susana, aux couleurs alentejanas. Nous y faisons juste le plein d’eau, car nous voulons camper au bord du barrage, idée de répéter la bonne expérience de la veille. En arrivant, nous remarquons vite que nous ne sommes pas les seuls ayant eu cette idée en ce samedi soir… Plusieurs petits groupes ont déjà monté leurs tentes au bord de l’eau ou un peu plus haut. Nous comprendrons qu’il s’agit d’un endroit prisé pour la pêche, surtout tôt le matin, raison pour laquelle beaucoup de gens y passent la nuit. Après le bain dans le lac nous trouvons quand même un endroit relativement plat et qui semble calme. Just quand nous sommes en train de préparer notre dîner un groupe de brésiliens s’installe assez proche – nous ne les voyons pas, par contre nous les entendons bien… car ils mettent la musique à fond ! Dans un accès de pessimisme je me dis que c’est foutu pour la nuit…

Ce soir-là il n’y a pas beaucoup d’étoiles à regarder car le ciel est largement couvert. Nous nous couchons donc tôt vers 22 heures, musique Forró à fond dans les oreilles. Mais ô surprise, peu de temps après le volume baisse puis la musique s’arrête, tout le monde va se coucher et nous passons une nuit vraiment calme ET sans lumière artificielle – le bonheur !

Au bord du lac, à la recherche d’un endroit plat pour la tente

Le matin, réveil avec le brouillard
Au village de Santa Susana

Nous nous réveillons avec le brouillard, nous prenons le petit-déjeuner avec le brouillard (qui tourne presque en pluie), nous partons avec le brouillard. Cela a un côté magique, surtout quand nous voyons un champ avec des dizaines, voire des centaines de cigognes. Le soleil sort pendant notre pause-café à Alcácer do Sal, et c’est dans la chaleur humide que nous repartons en direction de la péninsule de Tróia. En chemin nous passons par Carrasqueira, village de pêcheurs avec son petit port de pêche original.

A Comporta, nous faisons de nouveau halte à la pâtisserie avec les excellents palmiers (ou cœurs de France), puis nous arrivons rapidement à Tróia et le ferry qui nous amène à Setúbal. Nous ne ferons pas le même chemin qu’à l’aller, mais nous visons une route plus courte puis un autre ferry pour Lisbonne. Depuis Setúbal, nous continuons donc vers le nord. Nous arrivons sur une route non asphaltée, au début assez sympathique, bordée de végétation dense, jusqu’à une montée très raide. Nous devons donc refaire l’exercice « pousser un vélo à deux – redescendre – pousser l’autre vélo à deux ». Nous arrivons fatigués à Palmela, une ville construite sur une colline (d’où la montée…) avec une forteresse tout en haut et une belle vue en direction de Lisbonne. Nous nous installons dans une pension au bord de la ville, elle est trop chère pour la qualité qu’elle offre, mais l’accueil est sympathique, nous pouvons mettre nos vélos en sécurité, et nous sommes proche d’un bar avec une belle vue pour l’apéro et d’un bon restaurant où nous mangeons un excellent arroz de marisco.

Le lendemain la route pour Lisbonne est rapide et facile – c’est peut-être pour cela que nous n’avons pas pris de photos de ce bout ? C’est d’abord une route en descente, puis la traversée d’une sorte de résidence privé où il faut s’annoncer à l’entrée et à la sortie, ensuite de petites routes dans cette région agricole qui semble plutôt pauvre, avec beaucoup de maisons en vente ou abandonnées, et des banlieues avec des logements sociaux en mauvais état et beaucoup de déchets dans les rues. Nous prenons ensuite le bateau de Barreiro à Lisbonne, où il nous reste encore une dizaine de kilomètres à pédaler pour arriver pile-poil pour le déjeuner !

Arrivée à Lisbonne

Maintenant nous prenons une petite pause vacances, puis se posera la question: Next Stop: Where ?

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