Retour aux sources

Récit de voyage d’Apúlia à Covão da Ametade (Serra da Estrela), 10 au 19.8.2016

Il est temps de repartir. Après une dizaine de jours en « mode vacances », il paraît difficile de quitter ce confort : lit d’hôtel, salle de bains propre, plage, piscine et pension complète. Nous nous trouvons donc à charger nos vélos devant les regards attentifs et curieux de toute la famille. « Comment tu fixes cette sacoche ? Qu’est-ce qu’il y a dedans ? Attention ça va tomber, tu es sûr que ça tient ? » Encore une photo de famille, et c’est le départ. Pour les premiers kilomètres, nous avons un accompagnant. Manuel, le père de Miguel, trouve qu’on roule bien lentement avec nos « poids lourds »…

Peu après la sortie du village, nous nous trouvons sur un chemin de sable. Impossible de passer. Il faut donc faire demi-tour pour prendre des routes plus convenables qui nous mèneront à la route principale, où Manuel nous quitte et nous continuons direction sud. En essayant d’éviter la route principale assez fréquentée, nous nous trouvons sur une route pavée de plusieurs kilomètres. Les portugais adorent mettre des pavés dans leurs villages et villes, mais là c’est toute la route qui relie plusieurs villages, et même si nos suspensions de vélo couché nous évitent douleurs de fesses et poignets, on se fait bien secouer et nous sommes bien contents de retrouver de l’asphalte à Angeiras. Pour fêter ça nous nous arrêtons à la plage pour un bain et le pique-nique. Nous commençons à apprécier d’être de nouveau en route, de découvrir, de manger dehors.

Le reste du chemin est facile, il y a beaucoup de pistes cyclables le long de la mer. Rapidement nous nous approchons de Porto, avec sa circulation et son industrie.

Même l’entrée dans la ville de Porto est agréable, sur une piste cyclable qui démontre combien il peut être facile de créer des pistes cyclables, juste en aménageant un bout d’une route très (trop) large.

A Porto nous retrouvons la fumée des nombreux feux de forêt dans la région, qui pique les yeux et irrite la gorge. Nous sommes adorablement accueillis par Catarina, jeune cousine de Miguel, et son amie Marquesa, qui nous gâtent avec un dîner fait maison et nous promènent en ville le lendemain, nous montrant cafés, magasins, galeries et points de vue (cliquez ici pour les photos).

Nous poursuivons notre périple le long de la côte atlantique. Pour mieux supporter la chaleur, nous avons décidé de suivre l’eau le plus possible : d’abord la mer, puis des rivières. C’est ainsi que nous avons choisi de suivre la rivière la plus longue entièrement localisée au Portugal : le Rio Mondego, depuis son embouchure à Figueira da Foz jusqu’à sa source dans la Serra da Estrela. Ensuite nous voulons rejoindre la source de la deuxième rivière entièrement située au Portugal : le Rio Zêzere.

La sortie de Porto ainsi que la descente vers São Jacinto est une journée très agréable, avec des pistes cyclables presque continues (plus de détails dans le post de Miguel). Elles nous mènent à travers une forêt de pins d’où nous rejoignons une plage agréable pour notre bain-piquenique.

Les pistes cyclables séparées de la route se prêtent bien pour les exercices “sans les mains”…

C’est vraiment parfait jusqu’au moment où cette piste termine abruptement et sans avertissement dans un trou. En France il y avait au moins les avertissements du type « Fin provisoire de la piste cyclable » (déclenchant des réflexions philosophiques profondes pour déterminer si une fin peut être provisoire… Quand on voyage à vélo on a beaucoup de temps pour réfléchir à toute sorte de choses !).

São Jacinto est une zone de protection des dunes, c’est une immense plage tranquille où la plus grande partie ne peut être atteinte qu’à pied. Nous nous contentons de la partie que nous pouvons atteindre à vélo depuis le camping municipal pour le bain du soir.

Le lendemain commence par une traversée en ferry du lagon d’Aveiro. La carte sur notre téléphone nous indique une piste cyclable, alors on part la découvrir.

Elle est pour la plupart non asphaltée et ne traverse pas le centre des villages, nous préférons donc les petites routes, peu fréquentées et qui nous permettent de voir un peu de vie dans les villages.

La pause obligée pour le bain du déjeuner se fait à Praia da Mira, où nous avons déjà été en février de cette année, c’est drôle de voir la différence entre l’hiver et l’été.

Pour la suite le GPS nous propose une route toute droite à travers la forêt. Un panneau au début de la route nous avertit que la surface est mauvaise. Et effectivement, elle l’est : asphalte cassé et couvert de sable, nids de poule… Nous avançons lentement, et nous sommes bien contents de nos suspensions!

Avant d’arriver à Figueira da Foz il nous reste une petite montée à franchir, la première « vraie » montée depuis notre arrivée au Portugal ! Et on sait qu’il y en aura encore plein à venir, car nous prévoyons de pédaler jusqu’au point le plus haut du Portugal continental…

Figueira da Foz a une grande plage profonde, il faut marcher (ou pédaler, vu qu’il y a une piste cyclable sur la plage) au moins un kilomètre avant d’atteindre la mer pour notre traditionnel bain du soir.

Le lendemain nous commençons notre journée par un tour au grand supermarché proche du camping. Nous sommes un dimanche, mais le centre commercial est ouvert comme partout au Portugal, et comme le lendemain sera férié (le 15 août) le supermarché est bondé et les gens achètent à manger comme si la guerre allait commencer. Il est donc déjà midi quand nous décollons enfin de la ville. Nous suivons maintenant le Rio Mondego, ou plus précisément son canal la plupart du temps, sur une route tranquille mais de mauvaise qualité. Nous entraînons donc de nouveau nos aptitudes à zigzaguer entre les nids-de-poule… La lenteur a aussi ses avantages. Nous avons le temps d’admirer ces centaines, voire milliers d’escargots agglutinés à certaines plantes tout au long de la route, un spectacle fascinant.

Le bain du déjeuner se fait cette fois dans la rivière, à une plage fluviale où nous trouvons une table à l’ombre. Le village se prépare aux fêtes, les décorations sont en place et les haut-parleurs déjà en marche, nous faisant bénéficier tout au long de notre piquenique des annonces du programme de la soirée.

L’après-midi nous roulons entre des rizières et retrouvons le chemin de Saint-Jacques, très bien marqué dans cette région. Les touristes étrangers semblent faire ce chemin pour aller à Santiago, les Portugais le font dans l’autre sens pour aller à Fátima…

Notre journée termine dans la maison de Suzy, amie d’université de Miguel, qui nous a aimablement mis à disposition sa maison avec tout ce qu’il y a dedans, malgré le fait qu’elle ne soit pas là. Nous y passons une journée de repos comme il faut : lessive, blog, internet, faire du pain. On arrive quand même à passer une soirée avec Suzy et sa famille, et d’aller dîner ensemble à Coimbra.

Bien reposés, nous partons en direction des montagnes. Nous rebroussons chemin sur quelques kilomètres pour arriver à Coimbra (le chemin direct étant une autoroute). Ensuite, c’est sur une route tranquille et avec de belles vues que nous remontons la vallée du Mondego jusqu’à Penacova (plus de détails ici). Devant le minimercado où nous faisons les courses pour le piquenique, deux enfants admirent nos vélos, nous posent des questions et demandent s’ils peuvent voir comment nous démarrons. C’est bien plus sympathique que certains adultes qui nous regardent bouche bée, sans même dire bonjour, ou alors ceux qui nous prennent en photo à 1 mètre de distance sans demander notre accord…

Nous trouvons un banc à l’ombre à côté d’une église pour le piquenique, pas de bain aujourd’hui car nous sommes bien au-dessus de la rivière, et descendre à une de ses plages fluviales voudrait dire remonter péniblement. Mais nous savons déjà que nous aurons droit à un bain ce soir en arrivant !

Qui a dit qu’un pique-nique devait être monotone? Petits sandwiches gourmet.

Après quelques montées, un passage au bancomat à Tábua, et une dernière montée dans la chaleur, nous arrivons, au bout d’un petit chemin non asphalté, au camping nous avions déniché sur Google Maps, Quinta da Cerca. Un camping tenu par un couple belge, fréquenté principalement par des belges et des hollandais, situé en pleine campagne, avec une petite piscine avec vue sur la vallée, un bar où on joue des vinyls, un dîner fait maison avec les légumes du jardin…

C’est tellement agréable que nous décidons très spontanément, alors que nous sommes déjà au petit-déjeuner, de faire une journée de repos ici. Le seul point négatif aura été notre voisin de tente, qui, pendant notre deuxième nuit, décide de parler au téléphone à 2h du matin pour apaiser des chagrins d’amour d’un ami pendant une demi-heure (il s’arrêté seulement quand on lui demande avec insistance…), puis se couche pour ronfler non-stop le reste de la nuit. Ma fois ça aussi, c’est le camping…

Malgré ce manque de sommeil nous avons de grands plans pour le lendemain. Nous voulons monter à la Serra da Estrela, à un endroit proche de la source du Rio Mondego. Il nous attend plus de 1000 mètres de dénivelé positif. La première partie nous amène à travers la campagne et des villages.

A Seia, dernière ville avant la grosse montée, nous nous arrêtons à Intermarché pour faire le plein de nourriture, et comme il est si agréable d’être à l’intérieur avec la climatisation, nous y restons pour manger. Nous avons quand même quelques hésitations si oui ou non continuer ce chemin aujourd’hui, mais nous sommes seulement en début d’après-midi, il fait chaud et nous n’avons pas une folle envie de rester dans une ville. Nos cartes nous indiquent un hôtel environ à mi-chemin de la montée, alors nous définissons cet endroit comme objectif de la journée et nous partons plus tranquille. La montée commence tout de suite à la sortie de la ville, la route est souvent assez raide et en ajoutant la chaleur et le manque de sommeil cela devient dur. Mais on pense à cet hôtel où on s’arrêtera, dans 5 km, dans 3,5 km, allez encore 1 km on est presque là.

L’hôtel est fermé. Certainement la fermeture est toute récente, le jardin est encore arrosé. Mais rien à faire, aucune possibilité de logement ici. Donc soit c’est du camping sauvage (mais pas franchement idéal par ici, car c’est difficile de trouver un endroit plat, et en plus on est encore assez tôt dans la journée), soit on continue le chemin jusqu’à l’endroit qu’on avait prévu. Après une glace et un coca bien frais nous décidons de continuer. La route continue raide encore un petit moment, mais s’aplatit un peu plus haut et cela devient plus facile. Puis on arrive tout en haut, et la vue splendide nous fait oublier un peu la fatigue.

Ensuite ce sont encore quelques kilomètres plus ou moins plats jusqu’à Vale do Rossim, où nous nous posons enfin, à 19 heures, dans le camping appelé, de manière un peu prétentieuse, « Eco-Resort ». On n’a pas compris ce qui était « Eco » (sauf peut-être l’absence d’eau chaude dans les douches ?) et encore moins ce qui était « Resort » dans ce lieu, mais c’était tout à fait agréable pour passer une nuit. C’était aussi l’occasion de passer une soirée sympathique avec un autre ami d’université de Miguel, Tiago et sa famille.

Le lendemain nous nous réveillons dans le brouillard, qui se transforme en fine pluie juste après le petit-déjeuner. Ce n’est certainement pas une bonne météo pour les vues ni pour les photos, mais pour faire du vélo et encore 1000 mètres de dénivelé positif c’est idéal. Il faut retrouver la veste de pluie au fond d’une sacoche, ça faisait longtemps qu’on n’en avait pas eu besoin ! Nous rendons d’abord visite à la source du Mondego, aménagée en fontaine où nous remplissons nos bouteilles et philosophons sur le devenir de cette eau pure (ça va de « c’est dingue c’est la même eau qui va jusqu’à Coimbra » jusqu’à « maintenant j’ai un bout du Rio Mondego dans mon estomac »).

Après ce début de journée philosophique nous descendons au village de Sabugueiro.

Le centre du village semble être composé principalement de magasins-cafés qui vendent tous les mêmes souvenirs de la région (essentiellement habits en laine et fromage), et d’anciennes maisons retapées pour accueillir des touristes. C’est aussi une région connue pour ses chiens de berger, j’ai failli en acheter un.

Mais quand on en a vu un adulte on s’est dit que ce n’était peut-être pas une bonne idée car ça allait peser un peu lourd dans les sacoches… Nous attaquons la montée dans une alternance de soleil, de brouillard et de fine pluie (vous connaissez le jeu « on met la veste, on a chaud, on enlève la veste, on a froid » ?). La première partie de la route monte presque toujours à 10%.

Environ à mi-chemin nous arrivons à Lagoa Comprida. Les gens parlent de cet endroit comme quelque chose de magnifique, exceptionnellement beau. Pour finir c’est un gros barrage avec un lac derrière, des stands de souvenirs et des parkings couverts de poubelle (Ok peut-être quand il fait beau c’est plus joli). Pour nous c’est l’endroit de piquenique (à défaut de trouver un meilleur endroit), mais pas de bain aujourd’hui non plus.

La suite de la montée est moins raide, on poursuit dans le brouillard…

…mais les nuages commencent à se dissoudre…

… et on a bientôt une vue superbe sur le Torre (le point le plus haut), les montagnes autour et le ciel avec ses beaux nuages.

Le sommet lui-même, point le plus haut du Portugal continental, est probablement dans la course pour gagner le prix du sommet de montagne le plus moche du monde. Gros parking, bâtiments abritant des dizaines de magasins de souvenirs tous pareils, des installations de ski y compris pistes artificielles (logique, pour une région où il neige peut-être 10 jours par année). Mais au moins la vue est belle.

C’est aussi dans cette région que naît le Rio Zêzere, notre prochain compagnon de voyage. Contrairement au Mondego il n’y a pas de « source officielle », mais selon la carte il semble y avoir plusieurs sources qui se joignent pour former la rivière. Nous avons choisi de passer la nuit proche de ces sources, un peu plus bas. C’est donc parti pour une superbe descente avec des virages parfaits…

… et des vues sur la vallée du Zêzere, une magnifique vallée glaciaire qui aurait fait le bonheur de mon prof de géographie (feu Monsieur Egli) qui essayait de nous passionner pour la géologie quand j’avais 16 ans (sans grand succès à l’époque, malheureusement).

Le coin appelé Covão da Ametade est signalé comme endroit de camping, et il y a effectivement un bâtiment qui a dû abriter une petite réception. Il y a également un bâtiment de sanitaires qui ont déjà vu de meilleurs jours. Mais cela semble être un endroit apprécié pour camper car il y a déjà plusieurs tentes installées. Malheureusement la rivière n’a pas d’eau du tout, à la place il y a un minuscule filet d’eau où on arrive à prendre assez d’eau pour se laver, cuisiner et faire la vaisselle. Mais à part ce manque d’eau, le lieu est magnifique pour passer une soirée et une nuit tranquilles.

A bientôt pour la suite avec notre compagnon de route, le Rio Zêzere!

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