¡Buen camino!

Récit de l’étape de Bilbao à Santiago de Compostela (11 au 22 juillet 2016)

« Buen camino ! » Nous entendons ça de plus en plus souvent en chemin. Nous sommes sur le Camino del Norte, menant jusqu’en Galicie le long de la côte atlantique. De nouveau la question. Faisons-nous « el camino » ? Nous ne nous voyons pas franchement comme des pèlerins, nous ne suivons pas le chemin à la lettre (surtout depuis les dernières aventures de côte raide), et notre voyage ne se termine pas à Santiago. Mais enfin, nous avons les crédentiales dans notre sac, nous « identifiant » comme pèlerins et permettant de dormir dans les auberges pour pèlerins en Espagne, ce que nous n’avons finalement jamais vraiment fait, préférant notre tente ou une chambre dans une pension. Nous avons quand même profité de quelques offres pour pèlerins, soit dans des campings, soit pour manger un « menu del peregrino » le soir.

Après notre weekend repos à Bilbao nous reprenons donc le chemin, sachant qu’il nous reste environ 600 km jusqu’à Santiago. Nous quittons Bilbao par un petit détour, car nous avons envie de prendre la Ponte de Biscaya, un « vrai » pont suspendu !

Pont suspendu de Biscaya

C’est vrai que c’est une expérience assez drôle, mais rapide, la traversée prenant à peine deux minutes. De l’autre côté nous rejoignons une super-piste cyclable, qui mène par-dessus les sorties d’autoroute et autres horreurs et qui est très bien aménagée en aires de repos.

Piste cyclable à Portugalete

L’après-midi nous reprenons la N634, une route nationale mais assez tranquille la plupart du temps, et où il y a certes des montées (nous sommes encore en Pays Basque quand même !) mais jamais trop raides, et du coup aussi des descentes sympathiques.

En fin d’après-midi nous quittons le Pays Basque et sa langue sympathique mais incompréhensible pour nous et entrons dans la province de Cantabria. Nous nous arrêtons dans un camping où nous avons droit à deux lits dans une sorte de tente fixe convertie en logement de pèlerins, ce qui nous évite de sortir notre tente. Le lendemain nous commençons à croiser beaucoup de pèlerins sur la route. Une grande partie du chemin (à pied) suit en fait la N634, donc les gens doivent souvent marcher sur la bande d’arrêt d’urgence de la route. On est bien contents d’être à vélo, au moins on a les descentes pour se reposer !

Nous sommes en route pour Santander et il y a deux bateaux qui nous raccourcissent passablement la route, la route nationale faisant de grands détours à cause des rivières. Le premier bateau est assez petit, et monter nos vélos et sacoches depuis la plage est toute une aventure !

Il faut traverser une plage pour arriver au bateau

Le deuxième est un peu plus grand, mais il faut descendre un escalier pour charger les vélos et sacoches… on a transpiré mais réussi. A l’arrivée à Santander, en fin d’après-midi, nous décidons de pousser un peu plus loin, vers un camping proche des cavernes d’Altamira. Finalement ce « petit bout de plus » s’avère plus fatigant que prévu et nous arrivons très fatigués au camping. Nous nous réjouissons de voir une piscine (même s’il ne fait pas franchement très chaud), mais non, c’est seulement avec… bonnet de bain ! Bienvenu en Europe du Sud… Nous n’en avons pas donc nous laissons tomber la piscine et prenons une bonne douche chaude (une des meilleures douches de camping de notre voyage !).

Lendemain, jour de pluie. La pluie vient par à-coups, comme une douche de 2 ou 3 minutes, puis s’arrête. Un vent tiède souffle sans arrêt et nous sèche en quelque minutes, puis ça recommence. Nous ne sortons même pas nos pantalons de pluie. Après quelques montées-descentes comme ça, nous nous arrêtons dans une boulangerie qui ferait le bonheur de tous les cyclo-voyageurs du monde (en plus elle est ouverte – contrairement à la France la plupart des boulangeries en Espagne semblent être ouvertes quand nous arrivons).

Puis on dépense ces calories ingérées sur encore des montées et les descentes qui vont avec, avec le soleil qui commence à sortir. Et tout d’un coup, en arrivant en haut d’une montée, c’est quoi ça ?

…des montagnes, des vraies ! Les Picos de Europa. C’est surprenant, c’est magnifique, ce sont ces moments où voyager à vélo vaut vraiment la peine. Nous terminons la journée en empruntant une magnifique route nationale où nous sommes presque complètements seuls, en plat descendant la plupart du temps et avec de belles vues, et qui nous amène en Asturias.

On décide d’aller voir ces montagnes d’un peu plus près. Mais pas à vélo. Parce que montagne = montée, parce qu’on veut quand même arriver au Portugal début août pour nos vacances à la plage, et parce que de temps en temps on a besoin de se dégourdir les jambes. Donc, arrêt à Llanes, petite ville au bord de la mer, on prend une petite chambre d’hôtel, on pose les vélos dans le garage de l’hôtel (et on met aussi notre tente mouillée avec), et on s’en va louer une voiture. Une QUOI ? demandez-vous… oui une voiture, une vraie, avec quatre roues et un moteur qui consomme de l’essence. Et on l’aura bien utilisée… on prend toute une journée pour rouler dans le parc national des Picos de Europa, on passe par des cols et des vallées magnifiques, on regarde des vues grandioses.

Après cette petite pause, on continue sur deux roues, avec le soleil, des températures agréables et le vent dans le dos. Tout est assez parfait jusqu’à la première pause café, où on apprend l’attentat de Nice à la télé. Ça pèse un peu sur le moral pour le reste de la journée…

Nous continuons toujours à rouler sur les routes nationales, en général la N634. Elle est vraiment tranquille la plupart du temps, les peu de voitures qui passent nous laissent beaucoup d’espace – des fois même un peu trop, certains vont même jusqu’à emprunter la voie d’en face (de préférence juste avant un virage… les gens semblent se soucier plus de nous cyclistes que des voitures qui viennent en face). Sur notre application GPS nous avons enregistré le Camino pour vélos, qui évite parfois cette route. Cet après-midi nous décidons de suivre ce chemin pour voir, c’est peut-être joli… Il semble qu’en entrant en Asturias, nous avons déjà oublié notre aventure du Pays Basque. Ça monte presque immédiatement et tellement raide qu’on est de nouveau à la limite de la poussée ! Nous retournons vite à notre chère N634 et nous jurons de ne plus en dévier jusqu’à Santiago. Après cette petite piqûre de rappel nous nous arrêtons assez tôt dans notre premier camping « première classe ». Le prix aussi, il est « première classe »… Il y a une piscine, mais surprise il faut un bonnet de bain… mais cette fois nous avons vraiment envie de nous baigner parce qu’il fait chaud ! Alors on se bricole vite fait des « bonnets » avec nos Buffs (pour les non-initiés, un bout de tissu en forme de tube ou sorte de tour-de-cou), on a l’air vraiment cons mais on peut se baigner (en tout cas personne ne s’est plaint). Désolée, on n’a pas immortalisé ça en photo !

On continue le lendemain avec le soleil et les vues sur l’Atlantique. En arrivant à Gijón, on retrouve une piste cyclable et une plage bondée qui ne nous donne vraiment pas envie !

On ne traine donc pas trop longtemps, en plus il y a un vent assez fort venant de la mer. On quitte Gijón en direction d’Avilés, par une route poussiéreuse et une région qui semble très industrielle. S’en suit Avilés et son Centro Niemeyer. Puis quelques kilomètres jusqu’à un camping en bord de mer, qui coûte autant que le camping première classe mais où il faut payer pour la douche chaude… Mais nous avons un emplacement tranquille avec vue sur la mer, et une petite plage à 1 minute pour le bain du soir.

Le lendemain c’est reparti avec le soleil. Nous avons échangé la N634 contre sa cousine, la N632, qui est tout aussi tranquille et nous offre de belles vues.

Nous roulons dans une région où les plages sont remplacées par des falaises, les villages sont perchés à 100-200 mètre au-dessus de la mer, et tous les quelques kilomètres il y a une rivière qui se jette dans la mer. Sur la route nationale, ça donne un enchaînement de montées (couronnées par des vues sur l’Atlantique) et de descentes dans des vallées vertes et ombragées, avec l’autoroute qui passe haut par-dessus nos têtes sur d’immenses viaducs (voir ici pour plus de photos).

Le viaduc de l’Autovía

C’est beau, mais c’est fatigant. A la fin de cette journée, nous arrivons dans un camping au-dessus de Luarca, village en bord de mer. Nous pouvons choisir entre deux emplacements pour notre tente : avec vue sur la mer, ou avec vue sur la mer. Il y a une salle de picnic où on peut cuisiner avec notre réchaud, des machines à laver, Wifi, un supermercado (bon ok le terme était légèrement exagéré, c’était plutôt une sorte de dépannage mais ils avaient du yogourt pour le petit déjeuner), des cordes à linge pour aérer nos sacs de couchage (odeur de chien mouillé, toujours…). Bref, le bonheur. On vous laisse deviner la nationalité des propriétaires… (il n’y a qu’une nation dans le monde qui fait des campings aussi parfaits). C’est vite décidé, nous restons deux nuits pour faire une journée de repos. Bon, en voyage à vélo ça ne veut pas dire qu’on glande dans notre tente toute la journée, ça veut dire lessive, supermarché, bricolage de vélo, écrire ce blog… On fait quand même un tour au village où il y a une plage assez moche, mais au moins 5 boulangeries qui vendent des choses faites maison qui nous ont fait saliver (et dépenser de l’argent).

Vue depuis notre emplacement de tente

Nous sommes juste en train de terminer notre petit déjeuner avant de repartir, que nous apprenons par le père de Miguel que c’est bientôt la journée de St Jacques (25 juillet), donc jour très important à Santiago. Petit check sur internet, ils attendent effectivement un afflux important de pèlerins pour ce jour-là… et les hôtels sont hors de prix. C’était justement autour de cette date-là qu’on pensait y arriver ! Donc petit tour sur internet, on trouve une chambre dans un hôtel 4 étoiles pour un prix pas cher, mais c’est pour le 22 juillet donc dans 4 jours. Petit calcul de kilomètres et de dénivelé, on doit pouvoir y arriver, même s’il faut passer un col à plus de 500 mètres d’altitude. On part donc la réservation d’hôtel en poche, avec l’idée que ça sera dur, mais faisable.

La route devient vite plate, c’est fini les descentes dans les vallées. Nous avançons donc plus vite que prévu et passons en Galicie en début d’après-midi, par un pont autoroute-piétons.

Un vrai exercice d’équilibre!

Ce « temps d’avance » nous permet d’entamer un bout de la montée au lieu de camper au bord de la mer. Au village de Mondoñedo nous trouvons une chambre dans une pension sympathique, un bon repas dans un restaurant minuscule, et un beau centre-ville.

La montée le lendemain n’est pas aussi difficile qu’attendu, c’est une route large et tranquille qui monte assez doucement. Après cette montée nous décidons de dévier un peu du Camino pour rejoindre Lugo, petite ville connue pour sa cathédrale et ses murs romains héritage Unesco. Pour y arriver nous empruntons une route de campagne toute droite.

Nous y arrivons l’après-midi, passons une partie du temps à trouver un hébergement avec un espace pour nos vélos (pour finir nous choisissons une pension au 2ème étage mais avec un ascenseur juste assez grand pour nos vélos), puis partons visiter la ville.

Nous allons aussi au centre d’information sur le Camino de Santiago, nous aimerions savoir quelle est la meilleure route à prendre à vélo, pour éviter la circulation. La gentille dame nous dit qu’il faut prendre le chemin pour piétons, il est très bien marqué, qu’elle n’a pas d’autre information à nous donner… et oui oui, elle nous assure que le chemin est asphalté sur toute la longueur jusqu’à Santiago, comme celui-ci vous voyez, en pointant sur une photo derrière elle… d’un chemin de forêt clairement non asphalté. Merci Madame, c’est très gentil, et on s’en va interroger Google. En plus une partie du chemin semble suivre une ancienne route romaine… Pour finir on choisit une route provinciale un peu plus au nord du chemin, ce qui s’avère un très bon choix, car c’est une excellente route où nous sommes presque seuls. Il y a presque plus de vaches que de voitures…

Nous rejoignons le Camino del Norte à Sobrado dos Monxes.

A Arzúa la route rejoint le Camino Francès (le plus fréquenté), le village est plein de pèlerins, en tout cas jusqu’à 22h, heure à laquelle les auberges de pèlerins ferment leurs portes (et ils doivent être dehors à 8h du matin…. Nous, on préfère les pensiones). Une dernière petite étape pour Santiago, la densité de pèlerins augmente de plus en plus, il y en a de toutes sortes, ceux avec grand sac à dos et chaussures de randonnée, et ceux qui font transporter leurs bagages et se promènent avec un sac en plastique dans la main.

A midi nous sommes à Santiago et prenons « la » photo devant la cathédrale, malheureusement peu photogénique car emballée à moitié. Puis on se fraie un chemin à travers les touristes (nombreux), on se trouve un coin tranquille dans un parc pour le picnic, puis direction notre hôtel 4* pour un repos bien mérité !

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